Studio Sebah § Joaillier
Pascal Sebah (1823-1886) fut l’un des pionniers de la photographie à Istanbul (Constantinople) et au Caire. Selon les standards de l’époque, il a pris un très grand nombre de photographies en Égypte, en Turquie et en Grèce. Il est né à Consantinopolis, fils d’une famille mixte, d’un père syro-chrétien et d’une mère arménienne.
En 1857, il reçut une médaille à l’Exposition internationale de Paris. Encouragé par ce succès, il décida d’ouvrir son propre studio photo à Istanbul. C’était la période où la fascination du Proche-Orient attirait de plus en plus d’aristocrates. Les voyages au Caire, à Istanbul et à Athènes étaient très à la mode. Ce fait a conduit à l’émergence de la demande pour la photographie souvenir. C’est précisément ce que proposait l’atelier de Pascal Sebah (appelé El Chark Societe Photographic) : un atelier où des touristes aristocrates se photographiaient vêtus de costumes orientaux pour préserver la mémoire du voyage en Orient.
Comprenons une chose : le concept de photographie de mode était presque inexistant. Les grands tailleurs des maisons aristocratiques européennes n’avaient pas du tout de photographies. Ils pensaient que les vêtements qu’ils créaient pourraient devenir une source d’inspiration pour la compétition s’ils étaient photographiés et rendus publics. La photographie, y compris les vêtements, était presque taboue.
Le premier album de photographie de mode connu fut publié en 1856 à la cour de Napoléon III, avec Adolphe Braun comme auteur et la comtesse Virginia Oldoni, la maîtresse de Napoléon, comme unique mannequin (classée ainsi comme la première mannequin de la photographie de mode). Les photos de l’album avaient en réalité une valeur documentaire à l’époque et montraient ce que portaient les dames à la cour impériale. Mais l’intérêt pour ce qui était porté dans le monde grandissait.
Pascal Sebah spécule sur ce désir de l’aristocratie européenne de découvrir « ce qui se porte dans le monde » et présente, à l’Exposition universelle de Vienne, en 1873, une série de photographies de vêtements portés sur le territoire de l’Empire ottoman. Les modèles utilisés étaient des personnes authentiques issues de diverses nations et religions de l’étendue du vaste territoire turc. Une partie de la garde-robe utilisée était accessible aux voyageurs avides de photographie souvenir dans ses studios d’Istanbul et du Caire. L’album « Les Costumes Populaires de la Turquie en 1873 : ouvrage publié sous le patronage de la Commission impériale ottomane pour l’Exposition universelle de Vienne » se transforme ainsi d’un album de photographie documentaire en précurseur des albums de photographie de mode.

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